Franchiser au Canada : divulguer ses antécédents
Litiges, insolvabilité, parcours des dirigeants : préparez un dossier fiable avant de proposer votre entreprise en franchise.
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Transformer une entreprise existante en franchise suppose de présenter son passé avec autant de rigueur que son concept. Litiges, insolvabilité et parcours des responsables peuvent entrer dans l’information à communiquer aux candidats. Pour rejoindre durablement la communauté de la franchise au Canada, mieux vaut organiser cette vérification avant les premières propositions commerciales, plutôt que découvrir un renseignement sensible à la veille d’une signature.
1. Définir les renseignements à vérifier
L’objectif n’est pas de publier toutes les difficultés rencontrées depuis la création de l’entreprise. Il consiste à déterminer quels antécédents doivent être divulgués selon la loi applicable et lesquels constituent des faits importants pour un candidat.
En Ontario, la Loi Arthur Wishart de 2000 sur la divulgation relative aux franchises, avec son règlement d’application, impose une information précontractuelle comprenant notamment les antécédents commerciaux, certains renseignements sur les litiges et les faillites ou l’insolvabilité. Le périmètre exact des personnes, des événements et des périodes concernés doit être vérifié dans les textes applicables.
Le document d’information doit généralement être reçu au moins quatorze jours avant la signature ou le paiement déclenchant cette obligation, sous réserve des exceptions légales. Le gouvernement ontarien ne vérifie ni n’approuve les franchiseurs ou leurs documents d’information : la responsabilité de leur exactitude reste donc essentielle.
Au Manitoba, la Loi sur les franchises et le Règlement sur les franchises prévoient également la communication de renseignements sur les personnes concernées et leurs antécédents. Il ne faut cependant pas présumer qu’une vérification réalisée pour une province répond automatiquement aux exigences d’une autre.
Première décision pratique : faire établir par un avocat une liste des renseignements requis pour chaque province visée, sans se limiter aux mentions qui paraissent favorables à l’entreprise.
2. Constituer un dossier factuel avant la rédaction
Désignez une personne responsable de centraliser les réponses, les pièces justificatives et les questions à soumettre à l’avocat. Dans une petite entreprise, cette fonction peut relever de la direction, mais elle ne devrait pas reposer uniquement sur la mémoire du fondateur.
Préparez un questionnaire interne couvrant, selon le périmètre juridique retenu :
- l’identité des entités concernées, leurs anciens noms et leurs liens avec l’entreprise proposée en franchise;
- les fonctions des dirigeants et leur expérience pertinente;
- les procédures judiciaires, décisions ou autres événements dont la divulgation pourrait être requise;
- les faillites ou situations d’insolvabilité potentiellement pertinentes;
- les pièces permettant de confirmer les dates, les parties et l’état actuel de chaque dossier.
Pour un litige, distinguez une allégation, une décision et un règlement. Une demande déposée contre une entreprise ne prouve pas les faits allégués. Inversement, l’absence de condamnation ne suffit pas nécessairement à écarter toute obligation de divulgation.
Recueillez les renseignements de manière proportionnée, avec un accès limité aux personnes qui en ont besoin. Une vérification interne ne justifie pas la circulation générale de données personnelles ou de dossiers sensibles.
3. Faire qualifier les faits, sans les embellir
Remettez les éléments à l’avocat avant de rédiger le texte destiné aux candidats. Son travail consiste notamment à déterminer ce qui est prescrit, ce qui pourrait constituer un fait important et comment présenter les renseignements sans créer d’impression trompeuse.
Évitez les formulations vagues comme « aucun problème majeur » ou « dossier sans conséquence ». Elles remplacent des faits vérifiables par une appréciation commerciale. Lorsqu’un événement doit être divulgué, privilégiez une description exacte de sa nature, de son état et de son issue connue.
Une entente confidentielle exige une analyse particulière : ne présumez ni qu’elle supprime l’obligation d’information ni qu’elle autorise la publication intégrale du dossier. Faites examiner ensemble les obligations contractuelles et légales.
Vérifiez aussi la cohérence avec la présentation commerciale. Si le dirigeant possède une longue expérience professionnelle, mais que l’entreprise n’a encore jamais accompagné de franchisés, distinguez clairement ces deux réalités. L’ancienneté d’un commerce n’équivaut pas à une expérience éprouvée comme franchiseur.
4. Prévoir une actualisation et une validation responsables
Un dossier exact lors de sa préparation peut devenir incomplet avant la signature. Prévoyez une procédure interne par laquelle les responsables signalent rapidement les événements susceptibles de modifier l’information communiquée.
L’ouverture d’une procédure ou un changement dans l’équipe dirigeante doit conduire à une évaluation juridique, sans supposer que tout événement constitue automatiquement un changement important au sens de la loi. En Ontario, un changement important appelle une déclaration écrite selon les conditions légales applicables.
Conservez une trace datée des vérifications : personnes interrogées, documents examinés, points non résolus et validation finale. Cette organisation facilite les mises à jour; elle ne remplace pas les exigences légales de divulgation.
L’enjeu est concret : en Ontario, une information incomplète ou inexacte peut ouvrir des recours en dommages-intérêts et, selon le manquement, en résolution du contrat.
À retenir : avant de proposer votre première franchise, rassemblez les antécédents, faites qualifier leur portée juridique et attribuez clairement la responsabilité de leur actualisation.
Sources
- Guide sur la Loi sur les franchises et son règlement pour ...
- Franchising information for buyers and owners
- Exploiter une franchise
- - Loi sur les franchises
- The Franchises Act, CCSM c. F156
- www.mccarthy.ca · fr · referencesDroit des franchises : Faire des affaires au Canada 2026
- Arthur Wishart Act (Franchise Disclosure), 2000
- 2014, c.111 - Loi sur les franchises



