Franchiser au Canada : organiser le règlement des différends
Avant votre première franchise, prévoyez une procédure claire pour traiter les désaccords sans fragiliser votre communauté de franchisés.
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Transformer une entreprise existante en franchise crée une nouvelle relation : vous travaillez désormais avec des entrepreneurs indépendants. Un désaccord sur une facture, une décision commerciale ou une obligation contractuelle peut vite devenir coûteux. Avant votre première signature, organisez le règlement des différends. L’objectif n’est pas d’empêcher toute contestation, mais de donner à votre communauté de franchise un chemin clair, accessible et juridiquement valable pour résoudre les difficultés.
1. Prévoir un parcours avant que le conflit éclate
Dans votre entreprise actuelle, les désaccords remontent peut-être directement au propriétaire. Cette habitude devient risquée lorsque celui-ci est aussi la personne dont une décision est contestée. Désignez un responsable capable de recevoir une plainte, de rassembler les faits et de coordonner une réponse sans préjuger du résultat.
Construisez un parcours simple :
- Signalement écrit : le franchisé décrit les faits, les documents pertinents et la solution recherchée.
- Examen interne : une personne identifiée vérifie les obligations de chacun et rencontre les parties concernées.
- Discussion entre décideurs : des représentants ayant le pouvoir de conclure une entente cherchent une solution.
- Intervention externe : un médiateur, puis le mécanisme juridique approprié, intervient si nécessaire.
Fixez des délais réalistes pour accuser réception et répondre. Présentez-les comme des engagements de gestion, sans laisser croire qu’ils remplacent les délais légaux. Prévoyez également un autre interlocuteur lorsque la plainte vise le responsable habituel.
Pour une petite communauté, ce dispositif peut tenir sur une page. Il doit surtout être utilisable lorsque les relations sont tendues.
2. Faire respecter les protections provinciales
Au Canada, les règles propres aux franchises relèvent des provinces. Une clause de règlement des différends ne permet pas d’écarter les protections impératives applicables. Faites donc valider le dispositif selon le lieu d’exploitation du franchisé, plutôt que de reprendre une clause conçue pour votre seule province d’origine.
Au Manitoba, la Loi sur les franchises et le Règlement sur les franchises encadrent notamment l’information précontractuelle. La loi impose également une obligation de traitement équitable dans l’exécution du contrat, comprenant la bonne foi et le respect de normes commerciales raisonnables. Elle protège le droit des franchisés de s’associer et empêche de leur imposer des pénalités pour l’exercice de ce droit.
La loi manitobaine rend aussi inopérantes les stipulations qui, pour une demande à laquelle elle s’applique, limiteraient son application ou imposeraient un lieu de règlement à l’extérieur du Manitoba. Une clause prévoyant systématiquement une audience au siège du franchiseur peut donc poser problème.
Au Québec, il n’existe pas de loi particulière sur les franchises. Le Code civil du Québec encadre notamment la formation et l’exécution du contrat, la bonne foi et, lorsqu’il s’agit d’un contrat d’adhésion, les clauses abusives. L’absence de loi particulière ne signifie donc pas une liberté contractuelle sans limites.
Votre procédure doit préserver l’accès aux recours légaux. Elle ne doit pas non plus servir à décourager les échanges légitimes entre franchisés.
3. Distinguer médiation, arbitrage et recours urgent
Ces mécanismes ne sont pas interchangeables. En médiation, un tiers facilite la recherche d’un accord, sans imposer une décision. En arbitrage, un arbitre tranche le différend selon la convention et les règles applicables. Le recours aux tribunaux reste pertinent ou nécessaire dans certaines situations.
Avant de choisir, demandez à votre juriste d’examiner :
- les différends visés et les éventuelles exclusions;
- la nomination du tiers et son indépendance;
- le lieu, la langue et la possibilité de réunions à distance;
- la répartition des avances de frais et des coûts finaux;
- les mesures urgentes et les délais de prescription.
Ne présentez pas l’arbitrage comme automatiquement moins cher ou plus rapide. Les honoraires, la complexité du dossier et les règles retenues influencent fortement son intérêt.
Surtout, une discussion interne ou une médiation ne suspend pas nécessairement les délais pour agir. Prévoyez expressément que les parties peuvent prendre les mesures nécessaires pour préserver leurs droits, selon les conseils de leurs avocats.
4. Tester et documenter le dispositif
Avant d’accueillir votre premier franchisé, simulez un désaccord concret : une somme facturée est contestée, et les parties interprètent différemment une obligation. Vérifiez qui reçoit la demande, quels documents sont accessibles et qui peut autoriser un compromis.
Conservez ensuite un dossier factuel pour chaque différend : chronologie, pièces, réponses et engagements. Limitez l’accès aux personnes concernées. Ne supposez pas que toute communication interne bénéficie automatiquement d’une protection juridique ou d’une confidentialité absolue.
Lorsqu’une entente intervient, consignez précisément les actions attendues, les échéances et les conséquences convenues. Faites vérifier sa portée avant signature, notamment si elle contient une quittance.
À retenir : avant de franchiser, préparez une procédure courte, testez-la sur un cas réel et faites valider son articulation avec le contrat et le droit provincial. Un désaccord bien traité protège aussi la confiance dans votre communauté.
Sources
- Franchising in Canada: A path to entrepreneurship - BDC
- Le franchisage au Canada : un chemin vers l'entrepreneuriat
- Guide pour l'achat d'une franchise
- www.mccarthy.ca · fr · referencesDroit des franchises : Faire des affaires au Canada 2026
- Guide sur la Loi sur les franchises et son règlement pour ...
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- Démarrer une franchise : ce que vous devez savoir
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