Franchiser au Canada : préparer la fin du contrat
Avant d’accorder votre première franchise, précisez les motifs de résiliation et les étapes de sortie pour protéger votre communauté.
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Transformer une entreprise existante en franchise exige aussi de prévoir ce qui se passera lorsqu’une collaboration prendra fin. Une sortie improvisée peut perturber les clients, laisser des engagements en suspens et fragiliser la confiance dans la communauté de franchise. Avant de proposer votre premier contrat, définissez un processus de résiliation compréhensible, proportionné et réalisable, puis faites-le valider juridiquement.
1. Distinguer les situations qui peuvent mener à une rupture
La résiliation met fin au contrat avant son échéance. Elle ne doit pas être confondue avec l’arrivée du terme, le non-renouvellement ou la cession à un autre exploitant. Ces situations peuvent produire certains effets similaires, mais leurs conditions et leurs conséquences diffèrent.
Commencez par dresser une liste des difficultés susceptibles de compromettre la relation : redevances impayées, abandon de l’établissement, utilisation non autorisée de la marque ou manquement grave aux obligations contractuelles. Cette liste sert à préparer le travail juridique; elle ne constitue pas automatiquement une série de motifs valables de résiliation.
Pour chaque situation, posez trois questions :
- Quelle obligation précise serait enfreinte?
- Quels éléments permettraient de constater le manquement?
- Une correction serait-elle possible, et dans quelles conditions?
Évitez de traiter un retard administratif comme un comportement mettant immédiatement les clients en danger. Demandez à votre avocat de distinguer les manquements pouvant faire l’objet d’un avis et d’un délai de correction des situations susceptibles de justifier une intervention immédiate. Il n’existe pas de délai de correction universel applicable à toutes les franchises canadiennes.
2. Construire les clauses selon le droit applicable
Le Canada n’a pas de loi fédérale générale régissant spécifiquement la franchise. Le cadre pertinent dépend notamment de la province où l’entreprise franchisée est exploitée. Le contrat ne suffit donc pas, à lui seul, à déterminer tous les droits des parties.
En Ontario, la Loi Arthur Wishart de 2000 sur la divulgation relative aux franchises impose notamment une obligation d’agir équitablement dans l’exécution du contrat. Cette obligation comprend la bonne foi et le respect de normes commerciales raisonnables. Une clause donnant un pouvoir de résiliation ne dispense pas le franchiseur d’exercer ce pouvoir conformément au droit applicable.
Cette loi prévoit aussi une information précontractuelle : sous réserve des exceptions applicables, le document d’information doit être remis au moins 14 jours avant la signature d’une entente relative à la franchise ou un paiement. Les conditions de résiliation font partie des renseignements à communiquer. Le gouvernement ontarien n’approuve ni les franchiseurs ni leurs documents d’information.
Au Québec, il n’existe pas de loi générale propre aux franchises. Les règles du Code civil du Québec, notamment celles concernant les contrats, la bonne foi et l’inexécution des obligations, s’appliquent. Certaines clauses peuvent également être examinées au regard des règles sur les contrats d’adhésion, selon les circonstances.
Distinguez enfin la résiliation contractuelle des recours légaux liés à une divulgation déficiente. En Ontario, par exemple, le franchisé peut disposer d’un droit de résolution dans les délais prévus par la loi. Votre contrat ne peut pas simplement effacer les protections légales applicables.
3. Prévoir une procédure que votre équipe pourra suivre
Une clause bien rédigée reste insuffisante si personne ne sait comment l’appliquer. Préparez une procédure interne séparant le constat des faits, la décision juridique et l’organisation de la sortie.
Désignez une personne responsable du dossier. Elle doit pouvoir réunir les pièces pertinentes : contrat signé, correspondance, relevés de paiement et engagements de correction. Consignez aussi les réponses du franchisé et les mesures déjà prises par votre équipe.
Votre procédure devrait préciser :
- qui peut autoriser l’envoi d’un avis formel;
- comment vérifier les modalités contractuelles de notification;
- qui suit les échéances et évalue une éventuelle correction;
- quand consulter l’avocat avant toute décision irréversible.
Évitez les automatismes, comme couper les outils informatiques dès qu’un paiement est en retard. Une telle mesure peut interrompre l’activité et soulever des questions contractuelles importantes. Avant de suspendre un service ou un accès, vérifiez vos droits, les conséquences pratiques et les obligations qui continuent de s’appliquer.
4. Organiser les conséquences concrètes de la sortie
Simulez la fermeture d’une franchise sur papier avant d’en ouvrir une. Qui retire l’enseigne? Que deviennent les commandes en cours, les garanties, les cartes-cadeaux et les stocks? Qui répond aux clients?
Le contrat devrait traiter les obligations de cessation d’utilisation de la marque, de restitution des documents confidentiels et de règlement des sommes dues. Ne présumez pas qu’un rachat des stocks ou des équipements sera obligatoire : définissez les droits et conditions applicables.
Prévoyez également le traitement des accès numériques et des renseignements personnels. Les fichiers clients ne deviennent pas automatiquement la propriété du franchiseur; tout transfert doit respecter les droits contractuels et les lois applicables à la protection des renseignements personnels.
À retenir : avant votre première franchise, faites valider une clause de résiliation, une procédure de décision et une liste de sortie. Une fin de contrat préparée protège mieux les clients et la communauté qu’une réaction improvisée.
Sources
- Démarrer une franchise : ce que vous devez savoir
- Loi sur les franchises
- www.mccarthy.ca · fr · referencesDroit des franchises : Faire des affaires au Canada 2026
- Le franchisage au Canada : un chemin vers l'entrepreneuriat
- Franchising information for buyers and owners
- Franchising in Canada
- The Franchises Act, CCSM c. F156
- Exploiter une franchise



