Franchiser au Canada : sécuriser sa marque
Avant de franchiser, vérifiez vos droits sur la marque et organisez son utilisation pour éviter de transmettre une identité fragile.
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Votre entreprise attire déjà une clientèle fidèle. Mais pouvez-vous autoriser d’autres entrepreneurs à utiliser son nom partout où vous souhaitez vous développer? Avant de proposer une première franchise, vérifiez que votre marque peut soutenir cette expansion. Dans une communauté de franchise, une identité commune constitue un actif partagé : une contestation peut toucher plusieurs établissements à la fois.
1. Vérifier ce que vous possédez réellement
Commencez par inventorier les signes qui identifient votre entreprise : nom, logo, slogan et noms de produits ou de services distinctifs. Pour chacun, relevez le propriétaire déclaré, la date de première utilisation, les demandes d’enregistrement et les contrats pertinents.
Ne confondez pas trois démarches différentes :
- l’immatriculation d’une entreprise ou l’enregistrement d’un nom commercial;
- la réservation d’un nom de domaine;
- l’enregistrement d’une marque de commerce.
Les deux premières ne remplacent pas la troisième et ne prouvent pas, à elles seules, que votre marque peut être utilisée sans conflit.
Une entreprise existante présente parfois une chaîne de propriété imparfaite : le fondateur détient personnellement la marque, une ancienne société figure au registre ou le contrat du graphiste ne règle pas clairement les droits sur le logo. Faites examiner ces situations avant d’accorder des droits aux franchisés.
Livrable pratique : une fiche par marque indiquant son propriétaire, son statut, les produits ou services concernés et les pièces justificatives. Si le futur franchiseur n’est pas propriétaire, documentez son droit d’utiliser la marque et d’en autoriser l’utilisation par les franchisés.
2. Examiner la disponibilité et organiser la protection
Au Canada, la protection des marques relève notamment de la Loi sur les marques de commerce, une loi fédérale. L’Office de la propriété intellectuelle du Canada administre leur enregistrement. Celui-ci est distinct de toute démarche liée à la création d’une franchise.
Une marque non enregistrée peut bénéficier de droits issus de son utilisation, mais leur portée et leur preuve dépendent des circonstances. L’enregistrement procure, sous réserve de la loi, un droit exclusif d’utilisation au Canada pour les produits et services visés. Il ne signifie pas que tout usage du même mot, dans n’importe quel contexte, devient interdit.
Avant de déposer une demande ou d’annoncer une expansion, faites réaliser une recherche adaptée. Elle ne devrait pas se limiter aux marques identiques : des signes ressemblants peuvent créer un risque de confusion. Les usages commerciaux non enregistrés méritent aussi une attention particulière.
Vérifiez ensuite que les produits et services décrits correspondent au modèle à franchiser. Une protection pensée pour la vente d’un produit ne couvre pas nécessairement tous les services proposés dans les futurs établissements.
Avec un agent de marques de commerce ou un avocat compétent, établissez les priorités : nom principal, logo, variantes utiles et éventuelle correction d’une identité trop risquée. Une demande en cours ne doit jamais être présentée comme un enregistrement acquis.
3. Prévoir une licence de marque qui fonctionne
Le contrat de franchise doit accorder des droits compatibles avec ceux que détient réellement le franchiseur. Précisez les marques autorisées, les usages permis, la durée, les restrictions et les conditions de cessation d’utilisation.
L’article 50 de la Loi sur les marques de commerce rend particulièrement important le contrôle de la marque utilisée sous licence. Lorsque le propriétaire contrôle, directement ou indirectement, les caractéristiques ou la qualité des produits ou services, l’utilisation autorisée peut produire les mêmes effets que son propre usage. Une clause abstraite, sans mécanisme applicable, constitue donc une base fragile.
Organisez concrètement :
- l’accès aux fichiers graphiques approuvés;
- l’autorisation des adaptations locales et des publicités;
- la gestion des noms de domaine et des comptes de médias sociaux;
- le signalement des usages non autorisés;
- la conservation des preuves d’utilisation et de contrôle.
Si une société distincte possède la marque, assurez-vous que les contrats permettent le contrôle nécessaire et l’octroi des droits aux franchisés. L’objectif n’est pas seulement une présentation uniforme : il faut préserver la valeur juridique de l’actif commun.
4. Présenter honnêtement la situation aux candidats
La protection fédérale d’une marque ne remplace pas les obligations provinciales liées à la franchise. En Ontario, la Loi Arthur Wishart de 2000 sur la divulgation relative aux franchises exige notamment un document d’information contenant les faits importants et les contrats proposés. Sous réserve des exceptions prévues, sa réception doit précéder d’au moins 14 jours la signature d’une entente relative à la franchise ou un paiement.
Une contestation sérieuse de la marque, une limite aux droits accordés ou une obligation prévisible de changer d’enseigne peut constituer un fait important. Faites déterminer les renseignements à communiquer selon la province concernée, sans minimiser un risque dans les présentations commerciales.
Au Québec, il n’existe pas de loi spécifique sur les franchises. Les règles générales du Code civil du Québec, notamment en matière de bonne foi et de consentement, restent applicables.
À retenir : avant de vendre votre première franchise, réunissez les preuves de propriété, vérifiez les risques de confusion et faites concorder licence, contrôle et information des candidats. Une marque connue localement n’est pas automatiquement prête à être partagée.
Sources
- Exploiter une franchise | CliquezJustice.ca
- www.mccarthy.ca · fr · referencesDroit des franchises : Faire des affaires au Canada 2026
- Law Document French View
- Guide sur la Loi sur les franchises et son règlement pour ...
- Démarrer une franchise : ce que vous devez savoir
- Franchising
- 2014, ch. 111 - Loi sur les franchises
- Le franchisage au Canada : un chemin vers l'entrepreneuriat



